LA FOURMI ET LES ESCARGOTS

LA FOURMI ET LES ESCARGOTS

Par un beau jour de pluie, trois escargots se promenaient. Ils avançaient tranquillement, quoi de plus normal pour des escargots, profitant pleinement du paysage et discutant chemin faisant. Ils parlaient de la vie, des autres escargots et de leur sujet favori : les fourmis. Les escargots avaient une sainte horreur des fourmis, qui évoluaient beaucoup trop rapidement à leur goût. Elles semblaient sans arrêt pressées et agitées. Quoi de plus horripilant pour un escargot qu’une fourmi pressée. « Mais qu’est ce qu’elles ont à courir ainsi ? » Se demandaient nos trois compères. « Rien que de les voir se démener ainsi, je suis épuisé », disait l’un d’eux et de s’interroger encore et encore sur ce qui faisait courir les fourmis.

Nos trois amis continuaient leur ballade, laissant derrière eux une véritable rivière de bave, dans laquelle vint justement s’engluer une fourmi qui passait par là. Elle se démenait comme un beau diable, pestant contre ses escargots, qui n’avaient rien d‘autre à faire, que d’empêcher les honnêtes travailleuses comme elles à oeuvrer pour la communauté. Que la nature était mal faite, songeait la fourmi en continuant de pester, pour avoir créer d’aussi inutiles et néfastes créatures que les escargots. A force de se démener, la fourmi s’englua de plus belle. Epuisée, elle abandonna la lutte, amère de n’avoir pu consacrer de plus longues années, à l’édification de la sainte société des fourmis. Ce drame qui se déroulait à quelques centimètres de nos trois compères, finit par attirer leur attention. Mais le temps de voir de quoi il s’agissait, d’opérer un demi-tour, et de se rapprocher du lieu du drame, avait laissé le temps à notre fourmi de s’engluer encore plus. Seules deux de ses pattes apparaissaient encore à la surface. Bien que n’éprouvant que dégoût pour ses six-pattes, les escargots ressentait la détresse de la pauvre bête et se sentirent bien embarrassés devant un tel spectacle. Non vraiment, ils ne pouvaient la laisser là, ils se devaient d’agir. Démunis de bras et de jambes, ils n’avaient cependant aucun mal à se mouvoir dans leur propre bave. L’un d’eux s’avança le plus près possible de la fourmi et lui tendit une antenne afin qu’elle puisse s’y accrocher. Utilisant le peu d’énergie qu’il lui restait, la fourmi s’agrippa de toutes ses forces à cette antenne salutaire. Elle se sentit soulevée puis posée sur la terre ferme avec une infinie douceur forte appréciable en un tel moment. Un autre escargot la nettoya le mieux possible, tandis que le troisième lui concoctait un nectar de sa fabrication afin de lui redonner quelques couleurs. Après avoir ingurgité ce remède, la fourmi repris ses couleurs, et se revêtit de sa belle couleur noire, au plus grand soulagement de nos trois compères, qui pour une fois apprécièrent la couleur de la naufragée.

Encore sous le choc et surprise de se retrouver en si curieuse compagnie, la fourmi ne savait trop quoi dire. Un des escargots éclaira sa lanterne en lui contant les derniers épisodes. La fourmi écarquillait les yeux au fur et à mesure du récit. Tout d’abord c’était la première fois qu’elle entendait parler un escargot. Le considérant comme un être totalement dénué d’intérêt elle n’avait jamais pris la peine de communiquer avec  lui.

Deuxième étonnement, cet escargot parlait la même langue qu’elle, avec un accent différent et un débit beaucoup plus lent certes, mais qui ne la dérangeait nullement à sa grande surprise, bien au contraire. Le rythme en était plutôt agréable. Elle ressentit comme une paix s’installer à l’intérieur d’elle, berçée par les paroles de l’escargot. Dans son for intérieur elle remercia l’escargot de la lenteur et de la lenteur de son débit. Curieusement cela lui faisait beaucoup de bien. Comment cela était il possible ? Comment, elle une fourmi, pouvait elle apprécier la lenteur ? Elle en était là de ses considérations quand elle réalisa que ses trois sauveteurs semblaient attendre une réponse de sa part.

«-  Mais pourquoi courriez vous ainsi ? Pourquoi étiez vous si pressée ? »

- Je ne suis pas pressée, répondit-elle, je marche vite. C’est comme si j’avais à l’intérieur de moi un moteur très puissant, qui fait que j’ai un rythme très rapide.

- Mais vous devez être épuisée sans arrêt ?

- Mais non pas du tout. Ce qui vous semble rapide, et pour moi, mon rythme de marche normal.  J’ai de nombreuses pattes, je suis très légère, et j’ai vraiment l’impression de ne faire aucun effort. La moindre brise me propulse, je n’ai plus qu’à tenir la direction.

- Il est vrai qu’étant donné notre poids, notre constitution, nous ne pouvons avancer comme vous. En plus, comme vous avez du le remarquer nous n’avons pas de pattes, et nous nous promenons toujours avec notre maison sur le dos. C’est bien pratique, mais il est vrai, cela ne permet pas de grandes accélérations ».

Petit à petit, les uns et les autres commençaient à découvrir le pourquoi du rythme de chacun, à prendre en compte leur différence, et de ce fait à accepter que chacun du fait de ce qu’il était, avançait d’une façon qu’il lui était propre.

La petite fourmi réalisa que les escargots ne pourraient jamais avancer comme elle, et c’était très bien ainsi. De leur côté, les escargots acceptaient qu’une petite boule d’énergie comme la fourmi ait un rythme différent du leur. Elle reconnu également que la douceur et la lenteur de leur geste lui avait fait du bien, et lui avait permis de recharger ses batteries. Heureux de la voir en pleine forme, les escargots l’admirèrent en train de se préparer, tel un bolide prêt à franchir la ligne de départ. Elle les salua et démarra en trombe, leur promettant de ne plus passer trop prêt d’eux, ce qui les perturbait, dans leur marche contemplative. Revigorés par une telle vitalité, ils reprirent leur chemin, tout heureux de cette rencontre providentielle.

Stéphanie POTEVIN

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