AME ET LE RAMONEUR

Il était une fois une fée qui s’appelait Ame. Comme toutes les fées, ses mouvements étaient gracieux et légers. Elle avait dans le dos deux ailes délicates comme celles d’une libellule. Ame avait élu domicile dans le cœur d’une petite fille. Elle y avait créé un jardin féerique. Elle aimait s’y retrouver, danser parmi les fleurs, bondir sur les rochers, nager dans la rivière ou tournoyer dans les airs avec les papillons. C’était un havre de paix dans lequel elle aimait se retirer lorsque la vie la tourmentait. Il était toujours éclairé d’une douce lumière, la température y était agréable, et parfois une brise légère venait y souffler.

Chaque jour, Ame venait glisser des mots doux à l’oreille de la jeune fille et lui faisait de petits baisers aussi légers que l’effleurement d’une aile de papillon. Ame était très à l’écoute de cette jeune fille et elle savait ce qui était bon pour elle, ce qui la nourrissait, dans son corps et dans son esprit. Elle sentait ce qui la mettait en joie, lui donnait confiance, la rendait pleine d’entrain et de vie.

Mais malheureusement, au fur et à mesure que les années passaient, la jeune fille n’entendait plus les suggestions de la fée. Elle focalisait toute son attention pour être à l’écoute d’une autre voix. Une voix qui semblait venir de sa tête, et qui avait des propos durs et souvent blessants à son égard.

Cela attristait fortement Ame car elle sentait que sa protégée n’était pas heureuse et que l’attention qu’elle portait à cette voix de tête lui faisait du mal.

En plus de la critiquer, cette voix de tête lui interdisait certains comportements. Ainsi lorsque la jeune fille avait envie de pleurer car une élève de sa classe lui avait dit quelque chose de blessant, la voix de tête le lui interdisait : « si tu pleures, tu vas être ridicule » lui disait-elle. Alors, la jeune fille gardait toute sa tristesse et sa colère à l’intérieur, qui venaient se loger dans ses poumons et dans son foie, prenant beaucoup de place et les empêchant de bien fonctionner. Du coup, la petite fille se plaignait souvent de douleurs au foie. Evidemment la quantité de chocolat qu’elle avalait, n’arrangeait rien…

De même quand elle avait peur de quelque chose, la voix de tête lui disait : « Une grande fille comme toi ne montre pas qu’elle a peur. Tu n’es plus une enfant !! » Et du coup, les peurs allaient s’amonceler dans les reins de la jeune fille.

Et ainsi, en plus de leurs travaux quotidiens, tous ces organes devaient se débrouiller pour gérer et digérer les émotions que la jeune fille avait ravalées au lieu de les extérioriser.

Et le cœur n’était pas épargné. Ame avait de moins en moins d’espace pour vivre car des émotions violentes de haine, de détresse venaient se loger dans son espace protégé et bouchaient de plus en plus le canal de communication avec la jeune fille. C’était d’autant plus désespérant que celui avec la voix de tête fonctionnait merveilleusement bien.

 

Ame était au bord de l’anéantissement et son angoisse grandissait car elle savait pertinemment que lorsque le corps serait saturé, les détritus-émotions iraient remplir le seul espace qui pour l’instant était protégé : la tête, et là… les choses se corseraient forcement. Avant de ne plus en avoir de force, Ame lança un SOS à l’univers, suppliant que quelqu’un vienne à son aide.

 

Un jour, ce qui devait arriver arriva : la jeune fille tomba gravement malade et fut conduite à l’hôpital pour y être soignée. Un matin qu’elle se trouvait toute seule dans sa chambre, un jeune médecin entra dans la pièce.

« Bonjour » dit-il à la jeune fille en entrant.

« Mmh » lui répondit-elle, sans un regard, ni un sourire.

« Est-ce que je peux m’asseoir près de toi » lui demanda t-il.

« Si vous voulez » lui répondit la jeune fille sans lui prêter attention.

 

La conversation ce jour là, ne fut pas bien longue, mais chaque jour, le jeune médecin vint dans la chambre de la jeune fille et petit à petit celle-ci commença à accepter de discuter avec lui. C’était un médecin bien particulier. Il ne venait pas pour lui administrer des médicaments, mais pour lui parler et surtout pour l’écouter. Il était très doué pour faire parler les jeunes filles et notamment pour les aider à exprimer tout ce qu’elles n’avaient jamais osé dire.

Petit à petit, la jeune fille appris à libérer les émotions qu’elle avait accumulées dans son corps, et progressivement, lentement, ses organes commencèrent à se désengorger et son état de santé à s’améliorer. Ame exultait car elle sentait que le canal de communication commençait de se désemplir et surtout qu’elle avait plus d’espace pour respirer. Petit à petit la communication se rétablissait avec la jeune fille, et dans son cœur, Ame remerciait ce « ramoneur intérieur » qui avait répondu à son appel et avait ramené sa protégée à la vie.

Un matin, le jeune médecin entra dans la chambre de la jeune fille et s’assit au bord de son lit :

- aujourd’hui, c’est ma dernière visite. Cet après midi, ta maman viendra te chercher et tu rentreras chez toi. Si tu veux, tu pourras venir me voir autant que tu le souhaites, mais surtout n’oublie pas une chose : écoute la petite voix de ton cœur : c’est elle qui te guidera dans la vie ».   

 

 

Stéphanie POTEVIN

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site